Dès le 1ᵉʳ janvier 2026, tous les travailleurs disposant d’une voiture de société devraient automatiquement se voir proposer un budget mobilité. Sur le papier, l’idée vise à moderniser les habitudes de déplacement. Dans la réalité, les entreprises se retrouvent face à un changement majeur… sans la moindre directive claire.
À deux mois de l’entrée en vigueur, aucun arrêté d’exécution n’a été publié, ce qui laisse les employeurs dans le flou le plus total. Les fédérations du secteur, dont FEBIAC et Renta, dénoncent une réforme lancée sans préparation, alors que les règles actuelles sont déjà extrêmement complexes.
Selon les dernières enquêtes, la moitié des employeurs ne comprennent toujours pas comment appliquer cette future obligation, preuve que le calendrier semble irréaliste.
Si le manque de clarté pose problème, c’est surtout l’impact budgétaire qui fait trembler le monde politique. D’après les projections du secteur, la généralisation du budget mobilité pourrait amputer les recettes (para)fiscales de plus de 100 millions d’euros par an.
Pourquoi ? Parce que les travailleurs seraient nombreux à utiliser leur budget non pas pour se déplacer, mais pour financer leur logement, un avantage presque net et très peu taxé.
Environ 10 % des 600.000 détenteurs de voitures de société pourraient faire ce choix, et chaque véhicule perdu représente en moyenne 1.700 € de recettes pour l’État.
Résultat : un manque à gagner colossal et une menace directe pour l’écosystème automobile — constructeurs, loueurs, garagistes, et même la transition vers l’électrique.
Malgré les inquiétudes, le passage massif au budget mobilité reste très théorique. Depuis sa création, seules 18.516 personnes, soit 0,5 % des salariés concernés, ont choisi de remplacer leur voiture par ce budget alternatif. Autrement dit, les travailleurs restent attachés à leur voiture de société.
Le vrai enjeu se situe ailleurs : le marché automobile belge traverse une période délicate. Les immatriculations ont chuté de 9 % sur les neuf premiers mois de 2025, et les entreprises prolongent davantage leurs contrats de leasing.
Renta met en garde contre un effet pervers : certains pourraient abandonner leur véhicule électrique de société pour un modèle d’occasion plus polluant, ce qui irait totalement à l’encontre des ambitions environnementales du gouvernement.
Sur le fond, encourager une mobilité plus durable est une bonne chose. Mais pour que le système fonctionne, il faudra des règles compréhensibles, du temps d’adaptation et une vision cohérente. Pour l’instant, c’est surtout l’incertitude qui domine.